Adapté du roman éponyme et autobiographique de Franck Courtès, À pied d’œuvre est somme toute, sous ses allures de film social, le portrait d’un artiste.

À pied d’œuvre de Valérie Donzelli
ActualitésCritique
Publié le 4 février 2026 par Mathilde Grasset
Pour doter Paul (Bastien Bouillon) d’un regard singulier, celui d’un ancien photographe à succès devenu écrivain fauché, Valérie Donzelli recourt à de brefs plans subjectifs et impressionnistes filmés en argentique. L’artifice est révélateur, tant le film ne se soucie qu’à la marge de mettre en scène une ouverture sensible au monde. Compte davantage la chronique de la vie précaire dans laquelle sombre Paul en passant d’un moyen d’expression à l’autre, sans que rien ne nous soit expliqué de son choix (« Vous n’avez qu’à lire mon premier roman », répond-il en substance à sa famille, et au passage au spectateur).
Lire aussi : “De tant d’insouciance – une nouvelle tendance du cinéma français“
Sa découverte de la pauvreté et des mécanismes aliénants de l’ubérisation, dont on n’apprend pas grand-chose et qui le conduisent nulle part ailleurs qu’auprès de son milieu d’origine, passe donc tout au plus pour une expérience solitaire un peu masochiste. L’ancrage réaliste du film n’est le théâtre d’aucun bouleversement, Paul restant régulièrement surcadré par des fenêtres ou des barrières quand il n’est pas filmé en très gros plan, moins pris en étau que coupé du monde (de ses employeurs, certes, mais surtout de tous ceux qui pourraient partager sa nouvelle condition).
Main dans la main (2011), dans lequel la métaphore amoureuse tendait timidement vers la rencontre de deux milieux, nous l’avait déjà suggéré : l’ouverture à l’autre semble pour Donzelli affaire de magie. Sans elle, le déclassement de Paul, dont on n’éprouve pas l’urgence (fût-ce celle d’une création libre), semble moins être une sortie de soi qu’un moyen détourné de retrouver l’estime de ses pairs et de sa famille.
Mathilde Grasset
À PIED D’OEUVRE
France, 2025
Réalisation Valérie Donzelli
Scénario Valérie Donzelli, Gilles Marchand
Image Irina Lubtchansky
Son André Rigaut, Lucile Demarquet, Emmanuel Croset
Décors Manu de Chauvigny
Costumes Nathalie Raoul
Montage Pauline Gaillard
Musique Jean-Michel Bernard
Interprétation Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Adrien Barazzone, Valérie Donzelli
Production Pitchipoï Productions
Distribution Diaphana
Durée 1h30
Sortie 4 février

Actualités, Critique
La lumière ne meurt jamais de Lauri-Matti Parppei
Il faut sans doute revenir à la VO : le titre Jossain on valo joka ei sammu (Il y a une lumière qui ne s’éteint jamais) cite une chanson des Smiths, bijou pop de l’album The Queen Is Dead (1986).
Aux échos de la flûte synthétique de Johnny Marr correspond le portrait de Pauli (Samuel Kujala), lui-même flûtiste classique « un peu écœuré par l’odeur de l’humanité » et en proie aux affres de la dépression. Son retour dans sa ville natale va être l’occasion d’emprunter des chemins de traverse autrement plus aventureux que le parcours balisé qui l’attend. Devenu, grâce à la rencontre avec son ex-camarade de classe Iiris (Anna Rosaliina Kauno, belle révélation), membre fondateur d’un « collectif paramilitaire d’art sonore », Pauli opte pour un art transgressif qui se situe à mi-chemin du célèbre Music for One Apartment and Six Drummers (Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson, 2001) et de l’expérimentation électro-acoustique.
Lire aussi : “Stop Making Sense de Jonathan Demme (1985)“
La douce réussite de ce premier long métrage de l’artiste finlandais·e Lauri-Matti Parppei, porté à Cannes par l’Acid, tient justement au statut qu’il accorde à la musique, refusant dans un même mouvement les clichés de l’adhésion béate et la facilité de la distance goguenarde. Si le film se délecte de moments savoureux où deux planètes entrent en collision (le concert dans une église, le repas de famille…) et capte plusieurs moments de franche réussite artistique (le gig final dans la nuit), La lumière ne meurt jamais est d’abord, à l’image des apparitions du chien bleu fluo qui le parcourent, un petit miracle non identifié d’une rare sensibilité.
Thierry Méranger
LA LUMIÈRE NE MEURT JAMAIS
Finlande, Norvège, 2025
Scénario, réalisation, Lauri-Matti Parppei
Photographie Mikko Parttimaa
Son Yngve Leidulv Sætre, Juuso Oksala
Décors Nanna Hirvonen
Montage Frida Eggum Michaelsen
Musique Lauri-Matti Parppei
Interprétation Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro, Hope Davis, Bill Camp, Gaby Hoffmann
Production Ilona Tolmunen, Made
Distribution Les Alchimistes
Durée 1h48
Sortie 4 février
par Thierry Meranger
Actualités, Journées cinématographiques de Carthage
Journées cinématographiques de Carthage : À Tunis, loin de la révolution
Malaise aux 36e Journées cinématographiques de Carthage, haut lieu du cinéma arabe et africain depuis 1966.
Coïncidant avec l’anniversaire du début de la révolution de Jasmin (17 décembre 2010), la 36e édition des JCC s’est ironiquement rappelée à une situation politique inquiétante et à l’idée que bien des espoirs nés en 2011 ont fait long feu.
Boycotté par une grande partie des représentants du cinéma d’Afrique subsaharienne en raison de la politique raciste menée par le président Kaïs Saïed à l’égard des migrants, le plus ancien festival d’Afrique hissait péniblement l’idéal panafricain dont il demeure le garant avec le Fespaco de Ouagadougou. Si les hommages à Souleymane Cissé et à Paulin Soumanou Vieyra, ainsi que deux beaux films (Un jour avec mon père du Nigérian Akinola Davies Jr., qui sort en France le 25 mars, et Diya du Tchadien Achille Ronaimou), sauvaient l’honneur de l’Afrique subsaharienne, on ne pouvait que regretter une séparation inhabituelle entre Nord et Sud dans les lieux de palabres qui sont le cœur battant d’un festival ayant toujours préservé sa dimension de carrefour culturel et populaire.
Un jour avec mon père d’Akinola Davies Jr.
Déplacée en queue de comète des grands festivals arabes de l’automne (Red Sea Festival, El Gouna, Le Caire), cette édition a néanmoins permis de dresser un bilan prometteur pour des productions dynamisées par les fonds d’aide mis en place par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Outre la Tunisie et ses triomphes récents (La Voix de Hind Rajab, Promis le ciel), l’Irak (Irkalla: Gilgamesh’s Dream de Mohamed Al Daradji) et l’Algérie (le film d’horreur Roqia de Yanis Koussim), l’Égypte a offert au festival ses deux plus beaux films, The Stories d’Abu Bakr Shawky et My Father’s Scent de Mohamed Siam.
Lire aussi : “La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania : La conjuration des larmes”
Bilan positif, donc, mais gâché par cet ultime coup de théâtre : privés de remettre leurs prix sur décision gouvernementale, les jurés ont laissé leur place à des officiels ayant transformé la cérémonie de clôture en show politique dans une salle à demi vide. Le vieux navire étatique que sont les JCC en a certes vu d’autres depuis sa création, mais cette brutale reprise en main par un régime de plus en plus autoritaire et répressif ne doit pas être vue comme un simple caprice : c’est une réelle menace pour l’avenir.
Vincent Malausa
par Vincent Malausa
Actualités, Critique
À pied d’œuvre de Valérie Donzelli
Adapté du roman éponyme et autobiographique de Franck Courtès, À pied d’œuvre est somme toute, sous ses allures de film social, le portrait d’un artiste.
Pour doter Paul (Bastien Bouillon) d’un regard singulier, celui d’un ancien photographe à succès devenu écrivain fauché, Valérie Donzelli recourt à de brefs plans subjectifs et impressionnistes filmés en argentique. L’artifice est révélateur, tant le film ne se soucie qu’à la marge de mettre en scène une ouverture sensible au monde. Compte davantage la chronique de la vie précaire dans laquelle sombre Paul en passant d’un moyen d’expression à l’autre, sans que rien ne nous soit expliqué de son choix (« Vous n’avez qu’à lire mon premier roman », répond-il en substance à sa famille, et au passage au spectateur).
Lire aussi : “De tant d’insouciance – une nouvelle tendance du cinéma français“
Sa découverte de la pauvreté et des mécanismes aliénants de l’ubérisation, dont on n’apprend pas grand-chose et qui le conduisent nulle part ailleurs qu’auprès de son milieu d’origine, passe donc tout au plus pour une expérience solitaire un peu masochiste. L’ancrage réaliste du film n’est le théâtre d’aucun bouleversement, Paul restant régulièrement surcadré par des fenêtres ou des barrières quand il n’est pas filmé en très gros plan, moins pris en étau que coupé du monde (de ses employeurs, certes, mais surtout de tous ceux qui pourraient partager sa nouvelle condition).
Main dans la main (2011), dans lequel la métaphore amoureuse tendait timidement vers la rencontre de deux milieux, nous l’avait déjà suggéré : l’ouverture à l’autre semble pour Donzelli affaire de magie. Sans elle, le déclassement de Paul, dont on n’éprouve pas l’urgence (fût-ce celle d’une création libre), semble moins être une sortie de soi qu’un moyen détourné de retrouver l’estime de ses pairs et de sa famille.
Mathilde Grasset
À PIED D’OEUVRE
France, 2025
Réalisation Valérie Donzelli
Scénario Valérie Donzelli, Gilles Marchand
Image Irina Lubtchansky
Son André Rigaut, Lucile Demarquet, Emmanuel Croset
Décors Manu de Chauvigny
Costumes Nathalie Raoul
Montage Pauline Gaillard
Musique Jean-Michel Bernard
Interprétation Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen, Adrien Barazzone, Valérie Donzelli
Production Pitchipoï Productions
Distribution Diaphana
Durée 1h30
Sortie 4 février
par Mathilde GrassetAnciens Numéros
