Actualités/

Journées cinématographiques de Carthage : À Tunis, loin de la révolution

La Cité de la Culture, siège des Journées cinématographiques de Carthage, lors de la dernière édition du festival.

Journées cinématographiques de Carthage : À Tunis, loin de la révolution

ActualitésJournées cinématographiques de Carthage

Publié le 5 février 2026 par Vincent Malausa

Malaise aux 36e Journées cinématographiques de Carthage, haut lieu du cinéma arabe et africain depuis 1966.

Coïncidant avec l’anniversaire du début de la révolution de Jasmin (17 décembre 2010), la 36e édition des JCC s’est ironiquement rappelée à une situation politique inquiétante et à l’idée que bien des espoirs nés en 2011 ont fait long feu.

Boycotté par une grande partie des représentants du cinéma d’Afrique subsaharienne en raison de la politique raciste menée par le président Kaïs Saïed à l’égard des migrants, le plus ancien festival d’Afrique hissait péniblement l’idéal panafricain dont il demeure le garant avec le Fespaco de Ouagadougou. Si les hommages à Souleymane Cissé et à Paulin Soumanou Vieyra, ainsi que deux beaux films (Un jour avec mon père du Nigérian Akinola Davies Jr., qui sort en France le 25 mars, et Diya du Tchadien Achille Ronaimou), sauvaient l’honneur de l’Afrique subsaharienne, on ne pouvait que regretter une séparation inhabituelle entre Nord et Sud dans les lieux de palabres qui sont le cœur battant d’un festival ayant toujours préservé sa dimension de carrefour culturel et populaire.

Un jour avec mon père d'Akinola Davies Jr.

d’Akinola Davies Jr.

Déplacée en queue de comète des grands festivals arabes de l’automne (Red Sea Festival, El Gouna, Le Caire), cette édition a néanmoins permis de dresser un bilan prometteur pour des productions dynamisées par les fonds d’aide mis en place par le Qatar et l’Arabie Saoudite. Outre la Tunisie et ses triomphes récents (La Voix de Hind Rajab, Promis le ciel), l’Irak (Irkalla: Gilgamesh’s Dream de Mohamed Al Daradji) et l’Algérie (le film d’horreur Roqia de Yanis Koussim), l’Égypte a offert au festival ses deux plus beaux films, The Stories d’Abu Bakr Shawky et My Father’s Scent de Mohamed Siam.

Lire aussi : “La Voix de Hind Rajab de Kaouther Ben Hania : La conjuration des larmes”

Bilan positif, donc, mais gâché par cet ultime coup de théâtre : privés de remettre leurs prix sur décision gouvernementale, les jurés ont laissé leur place à des officiels ayant transformé la cérémonie de clôture en show politique dans une salle à demi vide. Le vieux navire étatique que sont les JCC en a certes vu d’autres depuis sa création, mais cette brutale reprise en main par un régime de plus en plus autoritaire et répressif ne doit pas être vue comme un simple caprice : c’est une réelle menace pour l’avenir.

Vincent Malausa

Partager cet article

Anciens Numéros