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Conter ses blessures : A Cinematic Affair au Centre Wallonie-Bruxelles

Extrait du Noyer solitaire de Frunze Dovlatyan inséré dans Mes fantômes arméniens de Tamara Stepanyan (2025).

Conter ses blessures : A Cinematic Affair au Centre Wallonie-Bruxelles

A Cinematic AffairActualités

Publié le 13 janvier 2026 par Olivia Cooper-Hadjian

Pour sa deuxième édition, du 14 au 16 janvier au Centre Wallonie-Bruxelles, le mini-festival A Cinematic Affair aborde l’Arménie sous l’angle des spectres.

Plutôt que de présenter un simple panorama de la création arménienne contemporaine, A Cinematic Affair l’aborde à travers un fil rouge. Sa première édition, en 2024, se concentrait sur l’ère de l’indépendance ; la deuxième prend pour sous-titre « Présences spectrales», et inclut dix œuvres réalisées entre 2016 et 2025 par des cinéastes arménien·nes et de la diaspora, mais aussi d’autres pays.

Un refus de la préférence nationale qui fait sens au sujet d’une identité hybridée par les exils. Tamara Stepanyan évoque les siens dans Mes fantômes arméniens, qui tisse l’histoire de sa famille avec celle du cinéma produit dans son pays durant la période soviétique. Mêlant home movies et splendides extraits de films réalisés par des cinéastes méconnus (Hamo Bek-Nazarian, Frounze Dovlatian, Henrik Malian…), elle montre le rôle que jouent les images et la fiction dans la construction de soi, en tant qu’individu et en tant que peuple.

Lire aussi : “Arménie, les vies à l’arrière – Weekend à l’Est 2025

Dans Géographies, Chaghig Arzoumanian inscrit elle aussi l’histoire de sa famille dans un imaginaire collectif, mais sa voix off adopte le ton d’un conte qui débute il y a plusieurs siècles et traverse les sombres heures du génocide. Jamais anecdotique, ce récit est amplifié par des images qui déjouent la redite illustrative, trouvant dans l’état contemporain des lieux une résonance complexe. Dans plusieurs autres films de la sélection, le paysage basculait dans le fantastique, des voix mythiques, préchrétiennes, en émanant comme pour exprimer la puissance du lien avec le territoire.

Le plus étonnant d’entre eux : End Pull d’Andrius Arutiunian, inspiré du Wavelength de Michael Snow. Ici, le paysage qui fait l’objet d’un zoom infini est habité par deux voix. Leur dialogue lunaire renvoie à des forces plus puissantes et ancestrales que celles des persécuteurs qui ont marqué l’histoire arménienne.

Olivia Cooper-Hadjian

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