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Fréquence collective à Doc’s Kingdom

This Land Is Our Land! de Isael Maxakali, Sueli Maxakali, Carolina Canguçu et Roberto Romero (2020).

Fréquence collective à Doc’s Kingdom

ActualitésLe Seminário Internacional Doc’s Kingdom

Publié le 13 janvier 2026 par Claire Allouche

La 25e édition de Doc’s Kingdom, séminaire international du film documentaire, a eu lieu du 14 au 19 novembre dans la municipalité d’Odemira, dans l’Alentejo portugais, où la programmation « A Collective / Inarticulate Harmony » a étreint avec panache la création cinématographique collective.

Pendant près d’une semaine, six collectifs de cinéma se sont relayés sur les écrans du Cineteatro Camacho Costa d’Odemira et de la grange d’une ferme à São Luis, où se déroule un ciné-club le restant de l’année. Le parti pris de programmation de Raquel Schefer et Rita Mora s’épanouissait dans la pluralité des horizons partagés : Ogawa Productions, dans le Japon rural en résistance de 1966 à 1986 (Cahiers nos 258-259) ; Grupo Zero, dans l’effervescence politique de l’avènement démocratique au Portugal ; le studio collaboratif CAMP, dans l’ampleur numérique de l’Inde contemporaine et par-delà; des vidéo-tracts pour la Palestine, réunissant des cinéastes du monde entier reliés par l’urgence; le collectif anarcho-féministe bolivien Mujeres Creando; et, enfin, Sueli et Isael Maxakali, cinéastes indigènes prolifiques, Brésiliens par la force coloniale des choses, documentant leurs rites et leurs luttes depuis plus d’une décennie.

L’art de la collectivisation opérait dans la conception même des séances, où les œuvres se croisaient autour d’engagements communs. Nombreux étaient les films à relater des luttes territoriales pour assurer le respect d’une communauté opprimée. Dès lors, l’idée de «faire collectif» entre filmeurs et filmés ne tenait en rien d’une théorie vaporeuse : il s’agissait de la forme la plus évidente pour embrasser l’urgence politique du moment. En ce sens, le court métrage Assim Começa Uma Cooperativa du Grupo Zero (1976) raconte la reconfiguration du travail en équipe au moment de la réforme agraire, phénomène qui semble inspirer la pratique cinématographique des réalisateurs portugais.

Lire aussi : “Un phalanstère documentaire – Doc’s Kingdom 2024

Dans l’extraordinaire This Land Is Our Land ! (2020), Isael Maxakali, Sueli Maxakali, Carolina Canguçu et Roberto Romero sillonnent le territoire ancestral Maxakali, en grande partie volé avec violence par les propriétaires terriens brésiliens. En filmant ces étendues perdues, tantôt avec une sagesse contemplative tantôt sur un mode revendicatif, ils travaillent à les restituer comme un bien commun. Dans The Neighbour Before the House (2011) réalisé par CAMP, il s’agit également de renverser une politique de domination en investissant l’image à échelle humaine. Sorte de « fenêtre sur colon », le film propose à des familles palestiniennes de Jérusalem de s’approprier des caméras de surveillance pour dévoiler ce qu’elles n’avaient encore jamais pu voir de leur quartier barricadé.

De zones à défendre in situ en espaces regagnés par l’image, les films collectifs programmés résonnaient aussi dans la puissante union des voix de leurs protagonistes, que ce soit avec la composition inédite d’une cumbia queer, par et pour le groupe de prostituées de Revolución puta de María Galindo/Mujeres Creando (2022), ou par le chant ancestral qu’Isael Maxakali a partagé pour présenter sa première séance. Il était donc particulièrement bienvenu que les débats aient lieu dans la salle de répétition du groupe philarmonique d’Odemira. Les rondes de parole de la centaine de participants se déployaient en l’absence d’un chef de chœur, accueillant avec bienveillance les dissonances inhérentes à tout débat critique, et à tout collectif en formation.

Claire Allouche

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