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Temps libre au FICX de Gijón

Emergency Exit de Lluis Miñarro (2025).

Temps libre au FICX de Gijón

ActualitésFestival International du film de Gijón

Publié le 15 janvier 2026 par Louis Seguin

La 63e édition du FICX, revisitant le panorama cinématographique mondial de 2025, a mis en avant des films qui attendent toujours une sortie en France.

Depuis plus de soixante ans, Gijón accueille un festival à l’ancrage et à la réputation solides. À voir la quantité de films qui y accostent, cet avant-poste des Asturies sur l’océan Atlantique a des allures de phare du cinéma indépendant mondial : l’identité éditoriale y compte moins que la profusion et la variété de la programmation, de Ben Rivers à Ira Sachs, de Sophie Letourneur à Hong Sangsoo, en passant par de très nombreux cinéastes émergents.

D’une séance à l’autre, on pourrait croire que l’on voyage de Sundance au FIDMarseille, de la Berlinale à Cinéma du réel. Mais Gijón est aussi chaque année l’occasion de prendre le pouls du cinéma espagnol, et même asturien, la principauté bénéficiant d’une programmation dédiée. La projection de La libertad, magnifique premier film de Lisandro Alonso qui suit les étapes de la journée d’un bûcheron, faisait office de cap. Lors de la discussion qui a suivi entre l’Argentin (récipiendaire d’un prix d’honneur) et Albert Serra, les deux cinéastes ont rappelé l’importance du rapport au temps dans leur cinéma.

Al Oeste, en Zapata de David Bim (2025).

de David Bim (2025).

De fait, les films les plus passionnants du festival faisaient tous retour vers cette question fondamentale, à commencer par le Prix du meilleur long métrage, Al Oeste, en Zapata de David Bim (vu aussi au Festival de Biarritz Amérique latine), travaillé par la même quête d’un temps exhaustif du travail solitaire que le film d’Alonso (le bûcheron argentin étant remplacé ici par un chasseur de crocodiles cubain). Temps statique de purgatoire pour Emergency Exit de Lluis Miñarro, ouvrant sur des saynètes plus ou moins heureuses entre âmes errantes et perdues, le tout dans un bus au trajet erratique et allégorique.

Faux temps réel de home movies en VHS dans Macdo de et avec la Mexicaine Racornelia (découvert à FIDMarseille), qui devient vrai temps réel d’un dispositif se révélant, à mesure que la réalisatrice, interprète de la mère de famille en charge des festivités du Noël domestique, interroge le contrôle qu’elle cherche et fuit en même temps. Temps historique et vagabond de Fuck the Polis (qui avait remporté le Grand Prix au FIDMarseille).

Lire aussi : “Voix ouvrières au FICX 2024 de Gijón

La nécessité de guérir sert de boussole à la navigation du nouveau film de la cinéaste portugaise Rita Azevedo Gomes, qui interroge le rapport entre désespoir et beauté. D’où l’idée toute naturelle d’embarquer pour la Grèce, le film nourrissant une utopie babélienne et méditerranéenne qui rappelle Un film parlé de Manoel de Oliveira : quand tout semble perdu, il faut chercher ce qu’il reste de beauté dans le monde.

Enregistrer la beauté, c’est en l’occurrence lire des beaux textes de langues diverses dans de beaux endroits, et filmer de belles choses, à commencer par la mer. Les images de la Méditerranée ne manquent pas au livre d’images universel, mais elles sont filmées ici avec une candeur et une urgence qui donnent l’impression de la voir pour la première fois. Pourvu d’une douceur buissonnière qui refuse la marche inéluctable de la modernité vers le gouffre, Fuck the Polis contient une charge de révolte à la hauteur de son titre.

Louis Séguin

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