Marié, deux enfants. Un père juge. Des parents bienfaiteurs de la culture – signe de cette notabilité locale, le badge que porte au revers de sa veste chaque membre de la famille lors des visites au musée. Mieux installé, James Blaine Mooney n’est pas le personnage typique des fictions de Kelly Reichardt.

The Mastermind de Kelly Reichardt : Vue de l’esprit
ActualitésCritique
Publié le 4 février 2026 par Raphael Nieuwjaer
Quelque chose en lui résiste pourtant à ce confort. Il a beau avoir la haute silhouette et le visage d’aimable petite souris de Josh O’Connor, il paraît toujours en retrait, dans une légère absence à lui-même et aux autres. Le nez pointant vers son assiette lors des dîners familiaux, comptant sur la mansuétude de sa mère pour échapper au jugement de son père. Le portrait se précise à mesure que les liens se défont, que la solitude gagne. Ébéniste sans travail, ancien étudiant en art sans diplôme. L’existence de J.B. ressemble à une série d’esquisses. Un génie, une tête pensante, un mastermind, vraiment ?
Sans doute faut-il tout de suite tenter de clarifier les ambiguïtés de ce titre. Au regard du médiocre cambriolage que Mooney organise, l’antiphrase est par trop évidente. Certes, la réalisatrice de Showing Up (2022) a déjà pu témoigner d’une certaine ironie, moins cependant à l’égard des personnages eux-mêmes que des relations qu’ils pouvaient nouer dans un contexte donné – en l’occurrence, celui de l’art. « Le maître-esprit », c’est peut-être ainsi, le plus littéralement possible, qu’il convient d’entendre le terme. Car Mooney n’obéit pas à une impulsion, ne cède pas à une urgence. C’est l’esprit qui domine. Le braquage en est une vue. Le protagoniste a beau s’entendre dire que l’affaire n’a pas été pensée rigoureusement, il a multiplié les visites, dessiné un plan des salles, reproduit même sur de petites cartes les toiles abstraites d’Arthur Dove qu’il souhaitait dérober – en précisant leur sens d’accrochage, pour que ses complices ne se trompent pas. (Il est vrai que les scènes s’enchaînent rapidement, dans ce premier mouvement construit sur un dialogue particulièrement fécond avec les improvisations du jazzman Rob Mazurek.)
De son succès (après tout, le trio emporte bien les peintures) comme de son échec, J.B. ne saurait cependant être tenu pour tout à fait responsable. Son tort est d’avoir cru en cette abstraction qu’est la maîtrise – celle-là même que l’héroïsme cinématographique n’a cessé de promouvoir depuis plus d’un siècle, à Hollywood et ailleurs, et qui informe nos manières de penser et d’agir. Or, il y a au cœur du cinéma de Reichardt une physique et une politique dont l’axiome est : toute action est vouée à être ralentie, empêchée, diffractée, réverbérée – en un mot transformée – par le milieu dans lequel elle cherche à se produire. Pas d’idée sans matière.

Notre vie n’est pas différente de cette céramique qui, dans Showing Up (décidément magnifique), sort du four en partie brûlée. À cet égard, il est significatif que Reichardt consacre au moins autant de temps au vol qu’à la manœuvre, pénible, laborieuse, de J.B. pour cacher son butin dans une grange abritant quelques cochons. Les œuvres ont un poids – de plus en plus lourd. C’est aussi à l’aune d’un début des années 1970 marqué par la guerre du Vietnam que nous sommes invités à appréhender l’acte de Mooney. Pour une raison ou une autre, celui-ci a échappé à la conscription, à la prison et même à la clandestinité. Comme tout le monde, il baigne toutefois dans la rumeur du conflit. Alors en fuite, il entend, dans un bar, un jeune homme noir parlant de son engagement comme d’une épreuve pour se connaître.
Dialogue d’autant plus fléché qu’une ou deux scènes plus tard, un panoramique à 360° parcourt sa chambre d’hôtel, reliant au passage le bureau où il forge une fausse carte d’identité au poste de télévision d’où crépitent mitraillettes et hélicoptères. Le plan confirme moins l’idée que la guerre serait le creuset de l’homme nouveau (d’autres ont pu le revendiquer – Ernst Jünger, exemplairement –, mais le garçon du bar partageait en réalité sa désillusion) qu’il n’entérine la dissolution de Mooney, condamné à l’anonymat et à l’errance.
Est-ce cela, rater sa vie ? Reichardt n’a pas cette condescendance. Ce qu’elle montre, par la composition rigoureuse de ses plans, c’est un type qui passe à côté de son époque. Cela prend parfois la forme d’un croisement impromptu. Sur le chemin du musée, Mooney découvre un de ses partenaires en train de chahuter un petit groupe de mères manifestant sur le trottoir. Ou d’un chevauchement confus, comme lorsque des contre-manifestants se pressent soudain autour de lui, masquant le portefeuille qu’il convoitait. Rien de ce qui agite les autres ne semble véritablement le retenir, l’affecter (en cela, il est à l’exact opposé des éco-activistes de Night Moves, 2013). Le film lui-même prend le risque de l’anachronisme.
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Pourquoi, encore, les années 1970 ? Le premier reportage entendu à la télévision invite à rapprocher les temps. En 1972 comme en 2024, l’occupation du campus de Columbia, respectivement pour la paix au Vietnam et à Gaza, aura eu les mêmes conséquences : la répression et la criminalisation des protestataires. Pas de nostalgie, mais un écho, un rappel. Est-ce que cela suffit ? En jouant notamment des surcadrages, la cinéaste paraît aussi utiliser la télévision pour réfléchir à sa propre pratique. Grande Histoire, petit écran, grand écran, petite histoire : ce chiasme traduit en effet son goût du minoritaire, du discret, du subtil. Reichardt n’a jamais abordé la geste américaine qu’à rebrousse-poil, depuis ses marges.
Quand Mooney se trouve emporté par une foule de pacifistes, c’est aussi une première pour son cinéma. Interpellé, J.B. semble enfin, bien qu’à son corps défendant, du côté de l’Histoire. Son visage s’inscrit à son tour dans une lucarne – non celle de la télévision, mais d’une camionnette de police. Manière tout à la fois de le condamner (son individualisme l’a mené dans une impasse) et de le sauver (son destin est désormais lié à celui des autres). Manière aussi peut-être, pour Reichardt, de laisser percer une inquiétude vis-à-vis du présent comme de son art. Les manifestants évacués, ne restent que les flics qui s’amusent.
Raphaël Nieuwjaer
THE MASTERMIND
États-Unis, 2025
Scénario, réalisation, montage Kelly Reichardt
Photographie Christopher Blauvelt
Son Ryan Billia, Daniel Timmons
Décors Anthony Gasparro
Costumes Amy Roth
Musique Rob Mazurek
Interprétation Josh O’Connor, Alana Haim, John Magaro, Hope Davis, Bill Camp, Gaby Hoffmann
Production Mubi
Distribution Condor Distribution
Durée 1h50
Sortie 4 février

Actualités, Critique
Prénoms de Nurith Aviv
Structurant chaque chapitre de Prénoms par une prise de vues, en ouverture, d’un ciel sur lequel s’imprime le prénom de la personne rencontrée puis par la plante ou le bouquet qu’elle lui offre avant de commencer l’échange, Nurith Aviv semble explorer une dialectique : on hérite d’un prénom à la naissance comme d’une imposition presque divine, puis celui-ci nous enracine ici-bas, singuliers et en même temps inscrits dans l’ensemble de l’humanité.
Le premier chapitre, consacré à Agnès Varda et ouvertement hagiographique (une photo de la cinéaste se fond avec la Vierge de l’Annonciation), paraît d’abord appuyer cette vision théorique. Mais la suite des treize « prénoms » retrouve le geste sensible d’Aviv : faire de la parole filmée, ou, mieux, du discours filmé sur la parole, un outil pour accéder aux êtres et aux corps. De l’ampleur d’une langue (Yiddish) à la singularité d’une seule lettre (La Lettre errante, consacré au « r »), l’œuvre d’Aviv explore avec une joie très accessible la façon dont la langue nous introduit à un quotidien (les domiciles des gens filmés) et à une histoire (toujours personnelle mais qui remonte en même temps aux origines de l’humanité).
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Et si les mots racontent les gens plutôt que le contraire, que dire de celui qui nous est attribué ? D’autant que la plupart des récits ici exposés sont faits de présences d’une langue dans une autre, de ruptures, d’arrachements, d’abréviations, de méprises (parfois prophétiques : Rym souffre de son prénom à l’école mais deviendra amatrice de poésie). Rien donc dans cette dialectique n’est empreint d’évidence divine, tout exhale un plaisir de la rencontre aventureuse entre une personne et un mot – le sien.
Fernando Ganzo
PRÉNOMS
France, 2026
Réalisation, Image Nurith Aviv
Montage Hyppolite Saura, Nurith Aviv
Production, Distribution Les Films d’ici
Durée 1h22
Sortie 11 mars
par Fernando Ganzo
Actualités, Lieux de vie cinéphiles
Cinéma Humberto-Mauro (Brésil) : le sens du public
L’axe Rio–São Paulo n’a pas le monopole de l’effervescence cinéphile au Brésil, comme le montre le cinéma Humberto-Mauro à Belo Horizonte, capitale du Minas Gerais et sixième ville du pays. Cette salle publique à la programmation permanente, principalement de cycles monographiques et thématiques, est incontournable depuis près de cinquante ans, à échelle autant locale que nationale.
Quand vous entrez dans le Palácio das Artes de Belo Horizonte, l’un des plus grands complexes culturels d’Amérique latine (projet d’Oscar Niemeyer), il est tentant de tourner directement à droite (vous pénétrerez alors dans la galerie d’expositions principale) ou de continuer tout droit (auquel cas, vous rejoindrez le Grand Théâtre). Les plus cinéphiles s’empresseront quant à eux de descendre un discret escalier proche de l’entrée : il mène à l’unique salle du cinéma Humberto-Mauro.
Vous pouvez patienter en prenant un café accompagné de pães de queijo (sortes de gougères à la farine de manioc) et discuter avec la petite communauté d’habitués. Puis, vous retirerez votre entrée au guichet, sans avoir le moindre real à débourser. Le cinéma le plus fréquenté de tout Belo Horizonte est non seulement accessible économiquement mais aussi géographiquement : il est situé dans le centre de la ville, sur l’avenue Afonso-Pena, particulièrement bien desservie.
Hall d’entrée du cinéma Humberto-Mauro.
Vers la formation des spectateurs
Concrétisation du projet d’un petit groupe cinéphile qui organisait des séances en Super 8 et 16 mm dans des espaces vacants de la ville au début des années 1970, la salle a été inaugurée le 15 octobre 1978 avec une séance de A Noiva da Cidade d’Alex Viany, dont le scénario est signé par Humberto Mauro. Suivra une rétrospective des films de celui dont la salle tire son nom¹, cinéaste originaire du Minas Gerais et pionnier de l’époque du muet, considéré par Glauber Rocha comme le père du véritable cinéma brésilien (Cahiers no 586).
Vitor Miranda, gérant et programmateur de la salle depuis 2022, est heureux d’y diffuser des films du patrimoine national. Il affirme néanmoins que « programmer le cinéma brésilien est un défi. Cela nous revient plus cher que le cinéma international pour lequel nous obtenons facilement un soutien financier via les instituts étrangers ». En a attesté en juin dernier le programme consacré à Grande Otelo, artiste multifacette qui fut notamment l’un des premiers acteurs noirs du cinéma brésilien. « Il a fallu réaliser un travail archéologique pour mettre la main sur ces films, précise Miranda. C’était une programmation très chère et malheureusement pas la plus suivie. »
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Il est en effet habituel que la majorité, voire la totalité des 129 sièges de la salle soient occupés. Lors de la rétrospective « Tarkovski – éternel retour », présentée par plusieurs collaborateurs du réalisateur en 2017 et qui a donné lieu à une remarquable publication, la moyenne de spectateurs par séance atteignait la centaine. L’an dernier, la séance de minuit de Salò ou les 120 Journées de Sodome affichait complet. Miranda indique que le cinéma a connu une hausse de fréquentation significative à partir de la rétrospective de Charlie Chaplin en 2012, qui a permis de faire découvrir les lieux « à de nouvelles générations qui sont revenues régulièrement par la suite ».
Pedro Coelho Xavier, fidèle spectateur âgé de 24 ans, également monteur, confie : « Je dois la moitié de ma formation cinématographique à cette salle. J’ai recensé au moins 200 séances marquantes ces huit dernières années. »
Nombreux sont les cinéastes de la région à fréquenter assidûment la salle Humberto-Mauro. Juliana Antunes, la réalisatrice de Baronesa (2017), déclare volontiers qu’« il s’agit de mon espace favori, dans une ville que je n’aime plus tellement ». À tel point qu’elle a récemment quitté une répétition de carnaval pour y revoir Les hommes préfèrent les blondes. « Je me posais la question pendant mes années d’études de cinéma : pourquoi Monroe était-elle Monroe ? Eh bien, la réponse est venue de l’expérience de ce film vu sur l’écran de mon cinéma préféré. »
La salle est également à l’honneur dans le court métrage d’André Novais Oliveira, Pouco Mais de um Mês (2013), sélectionné à la Quinzaine des cinéastes : il s’agit du point de départ de l’histoire d’amour portée à l’écran.
27e édition du FestCurtasBH, festival de courts métrages qui a lieu au cinéma Humberto-Mauro.
De Minas vers le monde
Cette métropole de 2,3 millions d’habitants n’est pas épargnée par les inégalités systémiques du Brésil ; la gratuité de l’entrée, grâce au financement de l’État du Minas Gerais, est une aide considérable. Miranda se souvient du débat après la projection de Jeanne Dielman au cours duquel une spectatrice, fille d’une employée de maison, a pris la parole. Bouleversée, elle a déclaré : « Ce film, c’est moi, c’est ma mère, ce sont les femmes de ma famille. »
Miranda reconnaît la responsabilité politique de programmer aujourd’hui au Brésil un cinema de rua, c’est-à-dire une salle démocratique, à la programmation exigeante et éclectique, inscrite dans le continuum de l’espace public, tandis que fleurissent les multiplexes dans les centres commerciaux. C’est pourquoi il lui importe de collaborer avec d’autres salles de la ville dont les valeurs sont proches, en premier lieu le cinéma municipal Santa-Tereza et celui du Club de Tennis de Minas.
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Outre ses riches programmations et ses nombreux cinéclubs (nous avons assisté au lancement du ciné-club ibéro-américain permanent, en partenariat avec l’Institut Cervantès, dévoilant le rare et formidable Trotacalles de Matilde Landeta, de 1951), le cinéma Humberto-Mauro accueille les principaux festivals de cinéma de la ville tout au long du printemps. Tout commence fin septembre, avec la Mostra CineBH, consacrée aux premiers films latino-américains. S’ensuit le FestCurtasBH, qui met en lumière depuis vingt-sept éditions la vigueur internationale du court métrage. Puis le forumdoc.bh, festival de cinéma documentaire et ethnographique, auquel Jean-Louis Comolli fut lié et qui fêtera ses 30 ans cette année.
Claire Allouche
¹ Une partie de ses films a été programmée l’été dernier à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.
Propos recueillis à Belo Horizonte et en visioconférence entre les 4 et 8 février.Remerciements à Leonardo Amaral.
par Claire Allouche
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Littered Mvmnts : Poubelles pour aller danser
Depuis 2023, l’artiste nippo-américain Shoji Yamasaki, dans sa chaîne Littered Mvmnts (@litteredmvmnts), publie sur TikTok et Instagram de courts clips burlesques, ludiques et écolos autour de déchets abandonnés dans la nature.
Aux sources des premiers émerveillements offerts par le Cinématographe Lumière, on trouve le délicat mouvement des feuillages remués par le vent, admiré diversement par un journaliste de La Poste (le 30 décembre 1895), Méliès, ou Maxime Gorki décrivant dans le « royaume des ombres muettes » du cinéma ces « feuillages gris cendre des arbres [qui] s’agitent dans le vent »¹. Car contrairement aux figures détourées sur fond noir ou neutre du Kinétoscope Edison, toutes petites dans l’œilleton des boîtes à peep-show, l’écran des Lumière expose ses sujets filmés dans un milieu mouvant qui fourmille de vie et ouvre sur l’espace infiniment détaillé du monde. Pas pour rien qu’aujourd’hui, confronté aux images générées par IA, c’est toujours en scrutant les arrière-fonds et leur profusion hasardeuse que l’on tente de distinguer le vrai du faux.
Dans ses clips d’une dizaine de secondes en double écran, Shoji Yamasaki montre d’un côté des détritus abandonnés dans un coin de rue (corolles de sacs en plastique, papier d’emballage argenté, vieux cartons…) qu’une brise légère anime brusquement, et, en miroir, sa propre imitation pince-sans-rire, où il rejoue les mouvements du déchet paré de ses couleurs. Keaton caméléon dans des postures entravées, Yamasaki attend, rigide, jambes levées, mains dans le dos ou de chaque côté de sa tête cagoulée, prostré contre une façade, avant de se lancer dans de brusques avancées zigzagantes par à-coups, bien peu naturelles.
Images extraites des vidéos publiées par Littered mvmnts en novembre 2025 et février 2026.
Ce « mécanique plaqué sur du vivant », comme disait Bergson, provoque des effets martiens, drôles et poétiques, dont la brièveté efficace a fait le succès du compte ; l’auteur, qui performe aussi sur scène, sera exposé dans une galerie de Copenhague (Til Vægs) de février à avril prochain.
Disant qu’il clôturera son compte « une fois que les gens cesseront d’abandonner des détritus » et demandant en commentaire à ses regardeurs de « ramasser leurs déchets », Yamasaki glane et recycle les oubliés à ras de terre du panorama citadin, faisant du robinet d’images des réseaux sociaux un réseau d’assainissement. Les aberrations écologiques deviennent des sculptures dada éphémères, et sont autant sauvées que dénoncées.
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Cet apparent paradoxe du recyclage se mordrait la queue si la forme filmique elle-même ne fonctionnait comme principe d’assainissement : minimale, peu spectaculaire, littérale, muette si l’on excepte le souffle de vent qui sature le micro, avec sa discrétion suspendue, son principe d’attente qui joue sur l’identification retardée des figures, chaque double case se présente comme l’envers de l’exposition narcissique et du vouloir-dire publicitaire. L’imitation patiente et sobre de l’artiste n’humanise pas les détritus, mais dans l’aller-retour du jeu de miroir, on croit parfois voir, animés de mouvements légers, d’étranges petits animaux. Manière aussi de se rendre compte que notre consommation de mèmes animaliers obéit à une quête similaire, paradoxale et désespérée, de sauvegarder quelques bribes d’authenticité naturelle dans le milieu pollué des réseaux.
Pierre Eugène
¹ Beau texte sur le sujet : François Albera, « Le Cinématographe dans le mouvement : une métaphysique des feuilles », 1895, nº 87, 2019.
par Pierre EugeneAnciens Numéros
