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Festival international du film du Kerala : Brèves réflexions sur le cinéma malayalam

Nanpakal Nerathu Mayakkam de Lijo Jose Pellissery (2022).

Festival international du film du Kerala : Brèves réflexions sur le cinéma malayalam

ActualitésFestival international du film du Kerala

Publié le 5 mars 2026 par Christopher Small

Du 12 au 19 décembre, s’est tenue à Thiruvananthapuram la 30e édition du Festival international du film du Kerala (IFFK). C’est l’occasion de faire un point sur l’essor de la production cinématographique dans cet État du sud de l’Inde.

Lorsque Payal Kapadia, cinéaste de Mumbai de langue hindi, a remporté le Grand Prix à Cannes pour son film en malayalam All We Imagine as Light (2024), elle a souligné qu’« une immense diversité de films se produisent [au Kerala]. Même les films d’auteur y trouvent une distribution, ce qui n’est pas le cas dans le reste du pays ».

L’IFFK lui-même a sans aucun doute joué un rôle majeur dans ce phénomène, notamment grâce à sa longévité. Le cinéma malayalam y bénéficie d’un vivier culturel dynamique où il peut être apprécié, défendu et célébré. Gouverné par une coalition de gauche dirigée par des communistes pendant une grande partie de son histoire postindépendance, le Kerala offre de généreuses subventions à la fois à l’exploitation cinématographique et à la production indépendante, avec des sommes comparativement plus importantes que dans les autres États indiens.

Le festival est géré par l’Académie de cinéma de l’État du Kerala (Kerala State Chalachitra Academy), une organisation à but non lucratif, et sa programmation a servi de tremplin à des films ayant connu un immense succès commercial. Présent au Kerala pendant l’IFFK, j’ai pu constater que le public se ruait avec ferveur sur des films qui ne seront jamais distribués.

En discutant avec des cinéastes et des critiques locaux, je me suis aperçu de certains de mes préjugés envers leurs œuvres de référence : Kim Ki-duk, figure pourtant déchue sur la scène internationale, restait ici une référence majeure – au point qu’un « Kim Ki-duk Grill Cafe » existe en périphérie de la ville…

Un cinéma composite

À la croisée du cinéma populaire et du cinéma indépendant (comme en témoigne le succès retentissant du drame à petit budget The Great Indian Kitchen de Jeo Baby en 2021, qui illustre la frontière parfois floue entre les deux), les cinéastes malayalam manifestent souvent un goût pour le minimalisme et une conscience sociale qui, combinés aux traditions cinématographiques populaires indiennes, forment un mélange puissant.

Un chef-d’œuvre palpitant du film d’horreur, Bramayugam de Rahul Sadasivan (2024), qui se déroule au XVIIe siècle et a pour vedette la superstar malayalam Mammootty, a connu un immense succès populaire malgré un budget relativement modeste.

Bramayugam de Rahul Sadasivan (2024).

de Rahul Sadasivan (2024).

De son côté, l’extraordinaire cinéaste Lijo Jose Pellissery, surtout connu pour l’incontournable thriller Jalikattu (2019), a souvent fait ses armes avec des drames choraux contemplatifs, plus caractéristiques du cinéma malayalam, notamment Nanpakal Nerathu Mayakkam (2022), une sorte de remake onirique de Mr. Thank You d’Hiroshi Shimizu (1936), dont l’action a lieu dans un bus.

Dans ce cinéma régional si particulier, certains thèmes récurrents se dégagent, dont les intrigues centrées sur l’abus d’alcool, de manière aussi centrale que dans le cinéma de Hong Sangsoo. Prenons celle du formidable western antimacho Ayyappanum Koshiyum (2020) : l’histoire commence lorsque le fils d’un chef de gang local est emprisonné pour avoir par mégarde introduit de l’alcool dans une « zone sans alcool » ; il se venge en révélant la consommation illicite du chef de la police.

Ce film pourrait être un point de départ intéressant pour les curieux : son réalisateur, Sashy, mort prématurément quelques mois après la sortie, étire le récit en remplissant chaque scène de centaines de détails insignifiants, s’attardant sur les temps morts entre les scènes d’action, mais la vivacité du montage épargne au spectateur toute impression de lenteur.

Lire aussi : “All We Imagine as Light de Payal Kapadia

Les tensions politiques qui règnent au Kerala se sont inévitablement invitées à l’IFFK. Quelques jours après le début du festival, la nouvelle se répandait : des projections étaient brutalement annulées. Le lendemain matin, on apprenait que le gouvernement central avait refusé d’accorder des dérogations de censure à dix-neuf films, dont Oui de Nadav Lapid, Un poète de Simón Mesa Soto, Palestine 36 d’Annemarie Jacir, et – fait plus improbable encore – Le Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, programmé dans la sélection « Restored Classics ».

Tous furent bloqués par le gouvernement nationaliste hindou de Delhi, tout comme Ruido de la cinéaste espagnole Ingride Santos (2025), prétendument en raison d’une méprise sur son sujet. En réponse aux censeurs de Delhi, le gouvernement du Kerala a pris une mesure exceptionnelle pour autoriser le festival à projeter ces films malgré tout. L’occasion de rappeler que projeter des films en public relève toujours du geste politique. À l’IFFK, cette dimension est impossible à oublier.

Christopher Small

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